Historique
Préface
Il a paru justement opportun au Conseil de la Noble Abbaye des Echarpes Blanches de publier l'histoire de cette vénérable institution.
Depuis plus de trois siècles notre Abbaye appartient à l'histoire montreusienne ; elle fait corps avec elle et la suit dans ses nombreuses péripéties. Histoire bien de chez nous, histoire pacifique sans grand panache ni aventure, mais reflet fidèle d'une petite patrie locale où la constance, la fidélité au devoir ainsi que le respect des traditions atteignent souvent à une certaine grandeur.
Dès le milieu du dix-septième siècle jusqu'à notre époque, à part quelques éclipses dues à des changements de régimes politiques ou à des guerres, l'Abbaye s'est manifestée régulièrement par une activité constante. Les Abbés-présidents se sont succédé sans interrègne, les fils de Confrères ont repris la relève de leurs pères, en vertu de leurs droits héréditaires, et surtout les parades ou les fêtes se sont déroulées sans relâche pour le plus grand plaisir des participants et des spectateurs.
Sans que rien n'en ait altéré la tradition, tous les deux ans environ, notre Noble Abbaye défile dans les rues de la cité : pittoresque contingent d'une compagnie guerrière si l'on veut, mais combien débonnaire, armée de cannes enrubannées, portant gibus et jaquette noire, mais arborant surtout l'attribut principal de l'Abbaye, l'écharpe blanche qui sillonne solennellement depuis 1627 chemins et rues de nos communes.
On ne comprendrait pas le sens profond de ces manifestations miplaisantes, mi-sérieuses si l'on fait abstraction de ce qui se passe la veille des parades, si l'on était sourd aux détonations qui pendant une journée entière partent du stand de Chailly où les Confrères, retrouvant le but premier que s'était fixé leur association, pratiquent avec ardeur le tir, sinon au mousquet, du moins au mousqueton.
Pratique du tir, port des armes, préparation militaire, telles étaient les aspirations profondes des fondateurs de 1627. Pour en saisir la portée réelle, il faut replacer l'acte de fondation dans le contexte de son époque, il faut comprendre que seul est un homme libre celui qui porte une arme et sans doute est-ce là l'intention fondamentale qui a présidé à la naissance de notre Abbaye.
Dans un pays sujet - tel était alors le Pays de Vaud - une poignée de patriotes montreusiens, portant presque tous des noms de chez nous, ont entendu l'appel du sol natal, non dans le sens d'un nationalisme vaudois qui ne verra le jour que beaucoup plus tard, mais dans celui d'un patriotisme purement régional et véritablement montreusien. C'est ainsi quels ont sollicité l'honneur de se préparer à la défense du sol par l'exercice des armes, ce qui les consacrait implicitement citoyens libres de ce pays.
Dès lors la tradition s'est maintenue fidèle et constante malgré les divers régimes politiques, les guerres et les révolutions et l’on ne saurait concevoir appartenance à la Noble Abbaye sans être animé d'un authentique et solide sentiment patriotique fondé sur l'amour de notre terre, symbole de la Patrie vaudoise, symbole de la Suisse.
Il appartenait à la plume habile de Monsieur jean-Pierre Ùhuard de mettre à jour cette monographie consacrée à notre Abbaye, en se basant sur de très nombreux documents, dont certains fort anciens et sur l'étude connue sous le nom de , Mémoire Henchoz,,.
Dans un style alerte et vivant, faisant oeuvre d'historien, Monsieur Chuard évoque avec bonheur les quelques trois cent trente années de notre association.
Les Confrères montreusiens y trouveront avec plaisir et curiosité les actes et les faits de leurs ancêtres, le public en général lira avec intérêt cette histoire qui se confond avec celle de notre cher Montreux.
L'œuvre patiente et remarquable tout à la fois de Monsieur Chuard mérite une large audience. A nos vœux et à nos félicitations, nous joignons l'expression de notre sincère reconnaissance
Dr René Vuichoud
Ancien Abbé